Alors que notre histoire commence, au milieu du XIIIe siècle, le rêve de Charlemagne d’un empire chrétien universel est en train de s’effondrer. D’abord fragmenté par les héritages, le pouvoir impérial a été plus ou moins rétabli dans son unité au Xe siècle par l’empereur Otton le Grand, grâce à une réforme fondamentale : la couronne impériale n’est plus héréditaire, mais attribuée par une assemblée d’Électeurs. Il s’agit d’un certain nombre de princes et de prélats allemands qui ont l’honneur et la mission « héréditaire » de choisir le candidat le plus apte à devenir roi d’Allemagne et de soumettre sa candidature à la magistrature suprême du « Saint Empire romain germanique » à l’approbation du pape.
Pour être efficace, une telle réforme devrait reposer sur une parfaite harmonie de vues entre les empereurs et les papes, sur l’honnêteté absolue des électeurs et sur une cohérence interne suffisante entre les différentes régions d’un empire qui s’étend de la Baltique à la Sicile et du Danube à l’Escaut.
Des conditions difficiles à réunir d’un seul coup. Papes et empereurs, souvent rivaux plutôt que partenaires, donnent l’exemple d’âpres disputes qui rongent les pouvoirs fortement centralisés. Cette anarchie au sommet renforce l’autorité des grands féodaux sur leurs fiefs. Ils profitent de la faiblesse impériale pour tenter de s’étendre aux dépens de leurs voisins.
Les querelles sont particulièrement vives dans les Pays-Bas, encore appelés « Basse-Allemagne », où les comtes de Hollande tentent d’arracher aux évêques d’Utrecht les vastes territoires qui leur ont été donnés par Charlemagne.