Les archives « van der Dussen » recèlent un petit trésor : un livret de famille tenu pendant plus de 150 ans par nos ancêtres bruxellois, relatant la vie de la famille, les naissances, les mariages et les décès, avec de nombreux détails charmants. Il est reproduit ici dans le texte original, en partie en vieux flamand, avec une traduction moderne en français et un commentaire de JK.
S’il est vrai que chacun est coupable d’idolâtrer ce qu’il aime, d’autres comme nous, dont les racines les lient à ces pages, peuvent les trouver insipides… Mais pour nous, ce « Boucksken » ou livret de famille n’est-il pas un morceau de vie haletant qui se déroule ? Deux siècles de peines, de joies, de mesquineries, de cupidités, de tendresses, d’ambitions, d’inquiétudes, de piété filiale ? Tout cela ne méritait-il pas d’être arraché aux oubliettes poussiéreuses d’une bibliothèque familiale ?
Un beau jour du turbulent XVIe siècle, Libert van der Dussen, baron du Saint-Empire romain germanique, seigneur d’Ath, seigneur de Bornival et échevin de Bruxelles, entre dans une obscure boutique pour acheter un grand cahier relié en cuir fauve avec des dorures au fer et des rinceaux estampés en rouge et en vert. Sans doute obéit-il à une puissante pulsion de son sang : le besoin de survivre et de communiquer avec le monde qui lui succédera. Peut-être a-t-il envie de jeter une bouteille à la mer du temps.
Bien sûr, c’est le souci émouvant de tout auteur de mémoires, mais il est particulièrement touchant ici, me semble-t-il, parce que Libert n’a certainement pas la prétention d’expliquer son siècle ou de briller par quelque vertu littéraire éblouissante. Il s’intéresse à son propre peuple, à sa propre chair et à son propre sang, et l’époque turbulente dans laquelle il a vécu n’est qu’un élément accessoire de son intérêt.
Introduction de JK, puis première partie, en vieux flamand, suivie de sa traduction en français moderne.